Tous les hommes désirent naturellement savoir de Nina Bouraoui: La quête de l’altérité!

L’incipit du roman Tous les hommes désirent naturellement savoir de Nina Bouraoui sonne comme une prise de conscience de l’écrivaine de son individualité au sein d’une multitude d’hommes et de femmes, les témoins d’une vie, mais aussi comme une quête de l’autre.

« Je me demande parmi la foule qui vient de tomber amoureux, qui vient de se faire quitter, qui est parti sans un mot, qui est heureux, malheureux, qui a peur ou avance confiant, qui attend un avenir plus clair. Je traverse la Seine, je marche avec les hommes et les femmes anonymes et pourtant ils sont mes miroirs. Nous formons un seul cœur, une seule cellule. Nous sommes vivants »

Pour ceux qui connaissent bien l’œuvre de cette auteure franco-algérienne, on retrouve de suite dans ce livre les obsessions, les premiers amours ainsi que les angoisses déjà minutieusement décrites par Nina Bouraoui dans ses précédents romans.

La lecture de Tous les hommes désirent naturellement savoir, est une marche sur une terre connue donc, où se déclinent à l’horizon les couleurs d’une violence criante, et parfois sournoise et silencieuse, des êtres en Algérie, ainsi que les affres de la solitude vécue en France.

«Tout est étrange en Algérie, à cause de la guerre et du sang versé sur les terres, dans les champs, dans les travées des vestige romains qui surplombent la mer. La violence y est inscrite, éternelle.»

Entre les souvenirs de son enfance heureuse mais tumultueuse à Alger et son établissement définitif à Paris, Nina Bouraoui se souvient et veut savoir comment elle a fabriqué une existence d’écrivain.

L’auteure a grandi dans un pays d’Afrique du Nord brûlé par le soleil. La lumière blanche guide ses pas de petite fille. Elle observe son entourage, attend son père, souvent en déplacement à l’étranger, et voit sa mère française se mouvoir seule dans une société arabe et musulmane fermée sur elle-même. Nina Bouraoui apprend à se débrouiller seule avec ses peurs.

Des coins et recoins de l’appartement de ses parents à Alger, de ses séjours dans la curieuse maison de ses grand-parents maternels en France, et sur les routes du Sahara, Nina Bouraoui tire les fondements de son identité d’écrivaine métisse, franco-algérienne et homosexuelle. Elle commencera par aimer les femmes, d’abord, à travers ses jeux d’enfants en Algérie, et plus tard, en fréquentant le fameux club parisien réservé aux femmes homosexuelles, le Katmandou, plus connu sous le diminutif du « Kat ».

S’inspirant des nuits froides parisiennes, à une époque dévorée par le Sida, Nina Bouraoui commence à écrire son premier roman. Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire entourant la création de son premier roman en quelque sorte, et sa recherche éperdue de l’être aimé. Elle rassemble des fragments de vies éclatées, faites de déchirements, de désirs et de silence, à travers trois thèmes récurrents: Se souvenir, Savoir, Devenir, concluant le roman avec le thème Être soit l’aboutissement de sa quête. L’auteure cherche des repères en Algérie, perce les secrets de sa famille maternelle en France, semant des cailloux au milieu d’une forêt de souvenirs denses, parfois pénibles à suivre, d’où jaillit inéluctablement une poésie qui nous ramène à l’essentiel: l’écriture est un monde en soi, pour s’accepter, tenter de comprendre les autres,  à défaut de se reconnaître dans leurs regards.

« Je commence à écrire quand je commence à fréquenter le Kat. Mes sorties nocturnes sont des épopées intérieures. Je sors seule, comme un homme. Je me crois libre, mais ce n’est pas la liberté: personne ne m’attend, personne ne m’espère. Je ne suis rien, j’en ai conscience et j’ai honte.[…] Les mots réparent mes nuits à chercher ce que je ne trouve pas, l’amour et le souvenir de la beauté – les femmes allongées sur les rochers, les voix de ma mère et de ma sœur m’appelant depuis le sixième étage de la Résidence d’Alger, la légèreté parfois: nous passions plus de temps dans les criques et les rochers qu’en ville, le labyrinthe des peurs. Mes premiers écrits inventent une femme seule et violentée. Sans en avoir conscience, je trace le portrait de ma mère.»

Nina Bouraoui confirme dans ce roman que les histoires que l’on se raconte ou que l’on invente sont des chemins divers que nous empruntons pour arriver à une seule et même vérité: l’espoir d’aimer et d’être aimé en retour, l’espoir de retrouver l’innocence perdue de l’enfance, l’espoir d’être reconnu par les autres.

Ce roman impose la quête de l’altérité comme la promesse de se connaître soi-même. Tous les hommes désirent naturellement savoir ce qui les a précédés, ce qui les constitue et ce que l’univers leur promet!

«Tous les hommes désirent naturellement savoir», Nina Bouraoui, éditions Jean-Claude Lattès, 2018, 265 pages.

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